Ressources Nico Labbé: l’homme derrière la lumière

Nico Labbé: l’homme derrière la lumière

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« J’ai toujours été fasciné par la lumière, » explique Nico Labbé, tout sourire, l’étincelle bien présente dans les yeux.

Malgré plus de quarante ans de carrière et d’innombrables arrêts aux quatre coins du monde, une simple conversation de quelques minutes suffit pour comprendre que Nico Labbé n’a rien perdu de cette passion pour l’éclairage, qui le suit depuis sa plus tendre enfance.

C’est armé de lampes de poche et d’un baladeur cassette que le jeune Nico fait ses premiers pas dans le monde de l’éclairage, en « jouant » à l’éclairagiste.

« Je mettais la musique de Genesis, j’utilisais des gélatines pour changer les couleurs et je m’improvisais des spectacles au plafond de ma chambre. Je jouais avec la lumière… c’est comme ça que tout a commencé. »

Ayant grandi dans une famille œuvrant dans le domaine du théâtre et de la télévision, il était tout naturel pour Nico d’explorer ce domaine. Mais après une année sur les bancs d’école, il était clair que Nico allait éclairer les planches, non pas y jouer.

Faire sa chance. Faire son nom.

À peine majeur et après un premier passage chez Solotech, Nico met le cap sur Toronto pour amorcer sa carrière en éclairage, suivant les conseils de son employeur de l’époque, Jacques Tanguay, propriétaire de l’entreprise Éclairage Tanguay Inc.

Fraîchement débarqué dans la Ville Reine, il n’a même pas le temps de défaire ses cartons qu’il repart deux mois en tournée avec le groupe Platinum Blonde en tant que deuxième assistant à l’éclairage. « J’ai habité presque un an à Toronto sans jamais vraiment dormir dans mon appartement, » se souvient-il.

En plus de l’éclairage, Nico ne refuse jamais l’occasion d’apprendre et d’ajouter à son expérience. Il est d’ailleurs le premier à accepter des mandats de remplacement de techniciens en pyrotechnie. « On n’aurait pas dit ça de moi, » s’amuse le principal intéressé, en se souvenant de ces moments passés au fond de la voiture familiale, à se cacher parce qu’il avait peur des feux d’artifice!

Rapidement, on le remarque par sa capacité à bien réagir sous pression. Ayant gagné la confiance des équipes de production, Nico gravit ainsi les échelons et est amené à travailler sur des projets d’envergure, collaborant avec les artistes les plus en vue de l’époque. « J’ai toujours fait des grands événements sans rechercher ça, » dit-il. « J’étais bien là-dedans. »

Cette place et cette confiance, Nico les apprécie profondément, sachant très bien qu’elles peuvent être éphémères dans le milieu événementiel.

« Se faire un nom, c’est long. Mais le défaire, ça peut aller très vite. »

Dans un parcours où il a eu la chance de côtoyer les plus grands artistes et artisans du monde du spectacle, certaines rencontres ressortent. C’est le cas d’Yves Aucoin, concepteur d’éclairage, qui a pris Nico sous son aile et a joué un rôle déterminant dans son parcours en lui donnant l’occasion de prendre sa relève auprès de plusieurs artistes. « J’étais son dauphin, » se souvient Nico.

« Ça fait plus de 35 ans qu’on se connaît. J’ai travaillé avec lui lorsqu’il a commencé à s’occuper de grosses tournées. » S’en est suivie une impressionnante liste : « Yves travaillait avec Richard Séguin avant de partir avec Roch Voisine. J’ai pris la relève et travaillé avec Richard pendant plusieurs années. »

Un schéma qui s’est répété à plusieurs reprises : celui qu’on surnomme « Lapin » dans le monde du spectacle entamait une nouvelle collaboration, laissant Nico prendre la relève auprès de l’artiste précédent. « Yves est ensuite allé avec Garou. J’ai donc suivi Roch pendant plusieurs années. Et quand Yves a commencé à travailler avec Céline Dion, j’ai pris sa place avec Garou… Mais Yves est resté avec Céline, alors je ne travaillerai pas avec Céline, » s’amuse-t-il.

C’est à l’époque de sa collaboration avec Roch Voisine que Nico reçoit un surnom qui le suit toujours aujourd’hui : « El Conceptor », sobriquet qui lui est lancé par son ami Jacques-Martin Philippson après un spectacle, alors qu’il manque de mots devant un concept d’éclairage présenté par Nico.

Le tour du monde… en français!

« Ce serait plus facile de nommer ceux que je n’ai pas éclairés! »

D’une collaboration à l’autre, « El Conceptor » a passé des années à faire le tour du monde avec les plus grands noms de la chanson francophone : Charles Aznavour, Gilles Vigneault, Lara Fabian, Francis Cabrel, Roch Voisine, Isabelle Boulay, Garou, Richard Séguin, Véronic DiCaire, Marc Dupré pour n’en nommer que quelques-uns.

« On fait sa chance, » explique-t-il. « Tu rencontres un artiste, tu crées des liens, et là, hop, quelqu’un vient voir un spectacle. Lara Fabian venait voir Isabelle Boulay. C’est ainsi que j’ai connu Lara, qu’on est devenu copains, et qu’on s’est mis à collaborer. »

Nico s’est toujours assuré de bâtir des relations fondées sur le respect et la communication.

« Je n’ai jamais idolâtré les artistes avec lesquels je travaillais. On s’est toujours parlé sur le même plancher, face à face, à se dire les vraies choses. Je vois le show tous les soirs. Je suis capable de dire ce qui fonctionne bien ou fonctionne moins. »

Nico Labbé
Gestionnaire de compte,
Événements spéciaux mondiaux
Solotech

Pour « El Conceptor », le métier dépasse largement la console d’éclairage. « Il y a aussi une bonne partie de relation humaine, » explique Nico. « Quand je rencontre un artiste, nous allons manger ensemble ou boire un café. Parle-moi. L’artiste a une vision en tête; je dois la comprendre pour la réaliser. »

« Dès la première rencontre avec Nico, j’ai compris que je pouvais lui faire entièrement confiance, » nous raconte Garou, avec qui Nico a collaboré pendant plus de 15 ans. « À tel point que j’ai eu plus de conversations amicales [avec lui] que de questionnements sur la scénographie. »

« La confiance, c’est d’une importance capitale quand on sait qu’on ne verra jamais vraiment le résultat que le public voit. Je suis sur scène et on me regarde. Le talent de Nico m’a procuré la sérénité de pouvoir me concentrer sur ma performance. »

Garou
Chanteur et ami de Nico

En 2019, Nico et Garou se sont retrouvés à l’occasion de la tournée Forever Gentlemen. Comme il partageait la scène avec Roch Voisine et Corneille, Garou avait un accès sans précédent à son ami à la console. « C’est mon meilleur souvenir de travail avec lui, » se souvient le chanteur. « Ayant souvent congé de la scène, je pouvais enfin voir et participer à l’évolution de son travail. Je ne saurais vous dire si j’ai plus apprécié le travail ou la connexion amicale. »

Monsieur Aznavour et monsieur Nico

À travers ce parcours qui traverse presque un demi-siècle, certaines collaborations marquent l’imaginaire. C’est le cas de monsieur Charles Aznavour, véritable monument de la chanson française.

« Il m’appelait Monsieur Nico. Je l’appelais donc Monsieur Aznavour. »

La collaboration entre messieurs Aznavour et Labbé s’échelonne sur plus de 15 ans et neuf tournées d’adieu! Avant de devenir son éclairagiste, Nico était son directeur de tournée en Amérique du Nord. « Je m’occupais de lui dans sa loge, alors j’avais droit à des moments privilégiés avant les spectacles. Parfois, je restais avec lui 10 ou 15 minutes pour discuter de tout et de rien. »

C’est d’ailleurs sur « El Conceptor » que monsieur Aznavour comptait pour être à l’heure sur scène. Un soir de spectacle à New York, fidèle à ses habitudes, Nico entre dans la loge du chanteur pour le prévenir qu’il est attendu sur scène 15 minutes plus tard… « Et là, Liza Minnelli, grande amie de monsieur Aznavour, est avec lui. Elle me dit : “Viens t’asseoir, viens boire une coupe de champagne!” Donc, j’étais là, à boire du champagne avec Charles Aznavour et Liza Minnelli, et là, Robert De Niro arrive, puis Bono! » rigole Nico, encore un peu incrédule d’avoir vécu ce moment si unique.

Ce n’est qu’après le décès de l’éclairagiste de M. Aznavour, Michel Quesnel, au début des années 2000, que Nico s’est retrouvé derrière la console pour tous les spectacles du légendaire chanteur à l’extérieur de la France. Il y était d’ailleurs lors du dernier tour de chant de M. Aznavour aux États-Unis.

« J’ai la liste des chansons de son dernier tour de chant écrite de sa main. J’ai aussi fait autographier sa discographie complète qui avait la forme de l’Arc de Triomphe. Je garde ça précieusement. »

La liste des chansons écrite à la main par M. Aznavour lui-même à l’occasion de son dernier spectacle aux États-Unis.
La dédicace mentionnée par Nico à l’intérieur de la discographie complète de Charles Aznavour.

Bons baisers de Russie

La carrière d’« El Conceptor » l’a mené dans plus de cinquante pays et dans certaines des salles les plus mythiques du monde : le Royal Albert Hall de Londres, l’Olympia de Paris, le Radio City Music Hall de New York et le palais d’État du Kremlin.

« Le délire au Kremlin, c’est que même si c’est une immense salle de 6 000 places, c’est l’immensité et la froideur. Ça fait peur au début, mais une fois que le spectacle est parti, on retombe à la normale, » explique-t-il.

Et Nico n’était pas au bout de ses surprises à Moscou.

« Avec Lara, on a fait un show dans un salon privé du Kremlin. Un show devant 50 personnes, dont le président Vladimir Poutine. Disons qu’il y avait plus de sécurité que de spectateurs! »

Quitter la tournée pour rentrer à la maison

Après plus de 35 ans derrière la console, Nico Labbé a choisi de laisser la vie de tournée derrière lui pour revenir à la maison, chez Solotech. C’est ainsi qu’en 2021, il est devenu spécialiste technique sénior, un rôle qui n’a pas cessé d’évoluer.

Aujourd’hui gestionnaire de comptes pour la nouvelle équipe Événements spéciaux mondiaux, il est chargé de développer le marché des productions les plus ambitieuses de l’industrie, une tâche qu’il découvre aux côtés de son mentor, Richard Lachance, vice-président principal, Événements spéciaux mondiaux, chez Solotech.

« Richard, c’est un ami, c’est un collègue, c’est quelqu’un que je connais depuis plus de 40 ans, » dit-il. « Richard pourrait profiter de la retraite aujourd’hui, mais il est revenu pour me passer le flambeau. Je ne suis pas là pour remplacer Richard; tu ne remplaceras pas Richard Lachance. Mais tu peux poursuivre ce qu’il a bâti. »

« On s’aime beaucoup, » lance Richard Lachance, en prenant connaissance des commentaires de son protégé à son égard. « On travaille bien ensemble; il va être parfait pour ce rôle. Je ne l’aurais pas fait pour personne d’autre, » dit-il au sujet de sa décision de sortir de sa retraite pour accompagner Nico dans ce nouveau défi professionnel.

Presque quarante ans plus tôt, Nico se décrivait comme le dauphin d’Yves Aucoin. Aujourd’hui, l’histoire semble se répéter.

« C’est un cadeau du ciel, » lance-t-il, avec son grand sourire.

Pour Nico, ce changement de rôle ne représente pas une rupture avec sa vie derrière la console, mais plutôt une nouvelle façon de mettre son expérience à profit. Après plus de 40 ans aux côtés des artistes et des équipes de production, il comprend leurs réalités respectives, la pression qui accompagne les projets d’envergure et l’importance de réunir les bonnes personnes autour d’une même vision.

Cette connaissance du terrain, combinée aux relations de confiance qu’il a bâties partout dans le monde, devient aujourd’hui un atout pour la nouvelle équipe Événements spéciaux mondiaux.

« Nico a une connaissance intuitive de la production. C’est un gars qui sait comment faire le design, mais aussi comment le design sera utilisé pour être très efficace. C’est un gars qui sait travailler des deux côtés, du côté de la production et de l’artiste. Les gens l’aiment beaucoup. »

Richard Lachance
Vice-président principal, Événements spéciaux mondiaux

Nico « sur son X »

Invité à préciser à quel moment il s’était senti le plus à sa place, Nico ne limite pas sa réponse à sa carrière.

« J’ai toujours été à ma place. Mais quand tu parles du X, il y a le travail, la vie personnelle, les amis, la santé… tout ça entre dans l’équation. C’est global. Depuis trois ans, je suis pas mal sur mon X. »